mardi 15 janvier 2013





Poussière Tu es ...


  • Sous le sable, Ozon


    Marcher
    Pierre et poussière du chemin,
    homme désagrégé, homme comblé
    tout entier dans cette image de son sang,
    de son avenir de silence ;
    lente et lourde pierre poussiéreuse
    qui dévale le sang abrupt,
    long cri se délivrant
    de l’étouffant tableau de calme inaccessible



    le corps soudain se connaît cible,
    se fait violence
    à portée de la masse obscure
    qui l’étreint.


    L’avenir en loque

    Toujours les choses se dérobent et laissent
    le regard errer sur cette nappe de clarté
    dont la douceur n’est que l’approche de la pierre
    pour de violentes noces imparfaites.
    Et l’entaille demain à la mesure du corps entier,
    de quel cri s’éveillera le chemin ?

    Sous les paupières d’amande
    glisse le fruit des larmes évaporées, 
    dur sommeil, long soleil de la besace des
     pauvres.


    Jourdan, Le bonjour et l'adieu.



Epouser la Lumière du Vide.....



The  Tree of Life de Terrence Malick


Nuit
Lignes brisées
Nuit des tambours et des fièvres
dans l’alcool des rues et des villes sordides
jusqu’à l’aube
lorsque les ponts se brisent
quand tout n’est plus qu’absence et destruction
douleurs,fatigues, échecs
l’ombre dévore le nom
le corps et l’âme se pulvérisent.
Nuit
quand l’amour remonte le temps
et récite ses syllabes sacrées
quand nous marchons sur des couronnes rouillées
vaincus par la nécessité
du labeur qui défigure...
Nuit. Adieu...

Se rapprocher de l’abîme, de la putréfaction, du marasme
comme une conscience dévastée
enfermé dans le labyrinthe.
S’avancer les mains clouées aux linteaux de chaque porte
en piétinant la pourriture.
Accéder au chaos
pénétrer dans le calme, le déferlement lointain et régulier
des fleuves.
Offrir l’aurore engloutie devant des éclats de vitre
Être transfixé au sein des mille-voiles.
Apparaître dans le blanc d’une pensée
vécue au monde autre
se croiser d’un rêve et rendre à l’espace
la terre lunaire terminale.
S’échapper des mouroirs, monter dans la lumière
traverser les espèces
& vivre face au vide, face à l’Inconnu
qui va naître...

Didier Manyach, extrait d'Impacts de Foudre.

Extrait d'Impact de foudre

lundi 14 janvier 2013

De la disgrâce ?

 Lamento
.
Mes mortes sont couchées dans des tombeaux ouverts
Sans histoire sous les pluies glacées de mes vivantes
Sont blessées par mes yeux et mes noirs souvenirs
Je songe en gémissant à ces poils de son âme
Qui noirs étaient beaux comme l’encre de Chine
Au temps des cerises

Qui roux parfumaient le silence sans honte
Et m’accablaient de faute et de froideur
Et combien j’étais triste à la terrible chambre
A ses mains mais je confonds les mains
Les grandes mains bleutées promises au sommeil
Et les nattes coupées

Sous le Soleil de Satan, Pialat
Et combien dans les rites d’infidélité
S’accomplissait le sein de ma fidélité
Et quel égarement prenait tout ce labeur
Absolu ! Saint des seins
Saint des saints retourne à ta haute nature
Car j’arrive là-bas vers le tombeau ouvert. 

Pierre Jean Jouve , Kyrie  

Mourir avant l'heure !

 Il quittait le lit, s'approchait de la fenêtre, regardait la rue, une rue vulgaire, laide, silencieuse, mesquinement éclairée, puis allait dans la cuisine, mettait de l'eau à bouillir et se faisait du café, et parfois, pendant qu'il buvait du café chaud et sans sucre, un café merdique, il allumait la télé et se mettait à regarder des émissions nocturnes qui arrivaient des quatre coins cardinaux du désert, à cette heure-là il captait des chaînes mexicaines et nord-américaines, des chaînes de handicapés déments qui chevauchaient sous les étoiles, se saluaient avec des paroles incompréhensibles, en espagnol, en anglais ou en spenglish, mais toutes incompréhensibles, ces foutues paroles, et alors Juan de Dios Martinez posait sa tasse de café sur la table, se couvrait la tête de ses mains, et un hululement faible mais distinct s'échappait de ses lèvres, comme s'il pleurait ou luttait pour pleurer, mais lorsque finalement il retirait ses mains il n'y avait, éclairée par l'écran de la télé, que sa vieille gueule, sa vieille peau stérile et sèche, sans la moindre trace de larme.  

L'Homme sans passé, Kaurismaki
Roberto Bolaño, 2666

dimanche 13 janvier 2013

De la servitude des hommes.


Elmer Gantry de Richard Brooks


Que le Diable soit révolté pour son propre compte, je ne le nie pas. Mais rien ne prouve qu’il ait formé le dessein de séduire les hommes de la même manière qu’il a séduit les anges. L’expérience démontrerait plutôt qu’il juge moins facile de nous perdre par l’Esprit de Révolte que de nous avilir par l’Esprit de Servitude, et que loin de se proposer de nous élever à la dignité satanique d’anges rebelles, sa haine clairvoyante médite de nous faire descendre à la condition des bêtes.

 Georges Bernanos, Essais et écrits de combat


La vie, aveuglément........

Par ce jour de soleil éclatant, rester tout le jour les yeux clos, c’était chose permise, usitée, salubre, plaisante, saisonnière, comme tenir ses persiennes fermées contre la chaleur. C’était par de tels temps qu’au début de mon second séjour à Balbec j’entendais les violons de l’orchestre entre les coulées bleuâtres de la marée montante.

Les moissons du ciel de Terrence Mallick
 Marcel  Proust, La Prisonnière


Le silence en promesse !



I Wish I Knew  de Jia Zhang-ke

Exercice pour la main gauche


En passant dans l’obscurité
vers un nuage de silence
vers un nouveau silence compact
qui brûlera lorsque je ferai silence
différemment
ce sera comme un tatouage
comme ses yeux bleus
soudain enchâssés dans les paumes
de mes mains
indiquant l’heure du silence
le plus beau
auquel nul n’a jamais imposé silence
alors
je n’aurai plus peur
d’être moi et de parler de moi
car je serai diluée dans le silence
ce que je dis est promesse


 Alejandra Pizarnik, Journal.