dimanche 13 janvier 2013



Les corps éphémères....

(Sensation)

Je foule le même sable
Je vois luire la même lune

Rien ne change l’astre ni la dune
Je vieillis seul devant le miroir

Rien n’a changé ni ne changera
Mais en moi une ombre s’intercale

Mon corps anticipe le geste
Qu’aura dû former mon esprit



Atlantic City de Louis Malle

















Et une sensation étrangère
À la fois me révèle et me tue

J’éprouve le souvenir d’une vie
Que je n’ai pas vécue

Est-ce d’avant ma naissance
Ou au-delà de ma mort

Sur le sable que fait briller la lune
S’efface déjà la trace de mes pas




Jean-Pierre Chambon, « Fragments d’un règne », in Le Roi errant [prix Yvan Goll 1996],
Trouvé chez TdF, Blog d'Angèle Paoli.

, Conrad

La vie est une ombre......



Citizen Kane de Welles

 Le sentiment que je pourrais durer à jamais, survivre à la mer, à la terre, à l’humanité ; ce sentiment trompeur qui nous attire fallacieusement vers les joies, les périls, l’amour, les vains efforts – vers la mort ; la conviction triomphante de la force, la chaleur de la vie dans une poignée de poussière, l’ardeur au cœur qui chaque année s’affaiblit, se refroidit, diminue et s’éteint – s’éteint trop tôt, trop tôt – avant la vie même. 

Extrait Au coeur des Ténèbres, Conrad

Lautréamont

La profondeur de la peau.....un mal sans fond ?


« Ma poésie ne consistera qu’à attaquer par tous les moyens, l’homme, cette bête fauve et le Créateur, qui n’aurait jamais dû engendrer une pareille vermine ». 

Lautréamont

 « Quelle chose était la plus facile à reconnaître : la profondeur de l’océan ou la profondeur du cœur humain ». 


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Lautréamont, Les Chants de Maldoror

Réda, cercle 7


                                                                              Cercle 7


          Le septième cercle ou  l'analogie circulaire  

                  Corps éthérés et ombres terreuses !






Ces visages qui tout à tour m’auront brûlé,
Que voilaient-ils, de quelle invisible figure
Etaient-ils le symbole ou la caricature,
Ou bien la vérité changeante et vouée à l’oubli ?
Mais quand je les revois, surgis de ces replis
Où la cendre à présent voisine avec la roche,
Ne laissant plus au feu qu’un médiocre aliment,
Je redoute un peu moins l’ombre qui se rapproche
Et le souci du vrai s’endort en moi comme un enfant
Fatigué du voyage.

Jacques Réda, Retour au calme.



Alphaville de Jean-Luc Godard

L’âme semble un couloir où des pas hésitants résonnent,
Mais personne jamais ne vient. Dehors, l’ombre qui tremble
Dans les encoignures de porte et sous les escaliers,
C’est l’âme encore, quand la nuit fige le long des murs
Les flots d’eau pâle et froide où l’on est heureux de descendre.
Et qui donc parlait de salut ou de perte pour l’âme,
Alors qu’elle est blottie en son frisson et cependant
Toujours plus dénudée au vent qui souffle en ce couloir ?
Qu’elle se cache ou rôde, écoute : elle s’égare, étant
L’habitante et le lieu d’une solitude sans nom.

Jacques Réda, Amen

Artaud


Et la Chair fut !



La Leçon de piano de Jane Campion


Car la chair n’est que le devin d’elle-même, et les os qui dans le haut du dessin s’énumèrent et les flammes qui leur répondent en bas signifient cette alchimie de matière où le devin ne vit plus que son corps comme de l’orifice de sa bière sans autre destin que d’avoir corps. Et la prophétie n’est plus que ce trajet de stature où l’âme sanguinolente s’écorche et verdit de la tête aux pieds 

Antonin Artaud. Dépendre corps – L’amour unique

Nabokov


Le corps comme Apparition !


D’un pas rapide et décidé sur des patins à roulettes qui ne roulaient pas mais écrasaient le gravier quand elle les soulevait et les laissait retomber en faisant des petits pas japonais ; elle se rapprochait de son banc dans le hasard changeant des rayons du soleil. 



La Leçon de piano de Jane Campion
L'Enchanteur de Nabokov

samedi 12 janvier 2013

Henry Miller


Le corps extatique.....



Je ne regarde plus dans les yeux de la femme que je tiens dans mes bras, mais je la traverse à la nage, tête, bras et jambes en entier, et je vois que derrière les orbites de ces yeux s’étend un monde inexploré, monde des choses futures, et de ce monde toute logique est absente… L’œil, libéré de soi, ne révèle ni n’illumine plus, il court le long de la ligne d’horizon, voyageur éternel et privé d’informations… J’ai brisé le mur que crée la naissance, et le tracé de mon voyage est courbe et fermé, sans rupture… Mon corps entier doit devenir rayon perpétuel de lumière toujours plus grande… Avant de redevenir tout à fait homme, il est probable que j’existerai en tant que parc – sorte de parc naturel où l’on vient se reposer, laisser couler le temps.

Le Dernier tango à Paris de Bertoluci

Henry Miller, Tropique du Capricorne