mardi 22 janvier 2013

Alejandra Pizarnik



De la métaphore des fleurs et de l'arbre, le jardin du silence d'Alejandra...


Regard jeté du cloaque
peut être une vision du monde

la révolte consiste à regarder la rose
à s’en pulvériser les yeux


Un regard jeté du cloaque 



Au hasard Balthazar de Robert Bresson





J'ai fait le saut sur moi à l'aube.
J'ai laissé mon corps avec la lumière
et j'ai chanté la tristesse de ce qui est né.


Arbre de Diane.

Alejandra Pizarnik


lundi 21 janvier 2013

Mario Luzi,



    Bien loin de la sérénité des cimes..........Solitude et folie!





Sunset Boulevard de Billy wilder

QUE DE VIE


« Que de vie ! » une voix aiguë d’enfant s’élève
là où une foule d’oiseaux arrachés à leur gazouillement de branche en branche
s’enfuit dans l’effeuillement du bois sous le froid contre jour,
trace un sillage de plumes et de cris, abandonne les phrases brisées
d’un discours qui achoppe, fête
et fuite, tandis que des hommes à l’affût
en préparent le massacre ; « que
de vie ! » répètent des derniers, ces plus lumineux battements d’ailes
sur toute la broussaille entre mer et marais […]
car on ne perçoit jamais la vie
si fort qu’au moment de sa perte.



Mario Luzi, « Du fond des campagnes », L’Incessante Origine

Armel Guerne




  • Les Arbres oniriques de Novalis  ou la

     lumineuse...

    Camille de R.C Snallwood

     exploration de l'Invisible.......


    Serait-elle épuisée à la fin, la sève qui nourissait depuis toujours la forêt millénaire?
    A travers le feuillage bruissant des vérités et des erreurs vivantes, dont chaque hiver alimentait la terre et que renouvelait chaque printemps immensément profond (...), quelqu'un peut-il encore, aujourd'hui que les racines sont muettes et les troncs morts, sous la nature anéantie par la technique et l'abstraction, quelqu'un peut-il encore deviner, au lieu du désespoir, la souveraine, l'immense et infinie présence de la nature éternelle?
    Rien ne saurait nous y aider mieux que l'oeuvre laissé si grand ouvert par Novalis, la geste salutaire de celui qui poussa ses chemins le plus loin de tous, et le plus près, dans la lumineuse exploration de la nuit et la pénétration sensible de l'invisible.

    Armel Guerne , Novalis ou la vocation d'éternité

dimanche 20 janvier 2013

Bernanos.


  1. Sans Arbres, le dérisoire.....

    Le Sacrifice de Tarkovski



    Quand le soir tombe sur cette terre tropicale qui connaît à peine l'homme, sans passé, sans souvenirs, et pourtant si pauvre sous l'inébranlable soleil, usée jusqu'à l'os, jusqu'à son squelette de fer, par ses végétations dérisoires, inutiles, d'arbres tordus, grimaçants, tétaniques, au coeur plein de fourmis, d'herbes aïgues, de fleurs exsangues - cette terre usée avant d'avoir servi, je me demande si j'ai vraiment dépassé la marge de solitude après quoi tout retour est fermé. Puis un vent se met à souffler, venu de nulle part, tombé du ciel, absolument étranger à ce pays, auquel les feuillages répondent seulement par un cliquetis métallique, et les crapauds dorés d'un bref spasme, à peine audible, de leur gorge de cristal. Je pense soudain que toute solitude a son issue, mais qu'il faut la trouver plus avant, qu'il faut remonter la solitude, ainsi qu'on remonte la nuit, jusqu'à l'aurore.

    L'Enfance humiliée de Bernanos.

Yves Bonnefoy



L'Arbre ou l'éternelle profondeur du monde ...

Que ce monde demeure!


I
Je redresse une branche
Qui s'est rompue. Les feuilles
Sont lourdes d'eau et d'ombre
Comme ce ciel, d'encore

Avant le jour. Ô terre,
Signes désaccordés, chemins épars,
Mais beauté, absolue beauté,
Beauté de fleuve,

Que ce monde demeure,
Malgré la mort!
Serrée contre la branche
L'olive grise.


II
Que ce monde demeure,
Que la feuille parfaite
Ourle à jamais dans l'arbre
L'imminence du fruit!

Que les huppes, le ciel
S'ouvrant, à l'aube,
S'envolent à jamais, de dessous le toit
De la grange vide,

Puis se posent, là-bas
Dans la légende,
Et tout est immobile
Une heure encore.
        ( Extrait ),Yves Bonnefoy,  Les Planches courbes



Jeremiah Johnson, de Sydney Pollack 



On me demande parfois ce que je nomme présence. Je répondrai: c'est comme si rien de ce que nous rencontrons, dans cet instant qui a profondeur, n'était laissé au dehors de l'attention de nos sens.
Cet arbre: j'en verrais non seulement ces aspects qui se portent au premier plan parce qu'ils me disent que c'est un chêne, non seulement cette forme de ses branches, de sa couronne qui en institue la beauté, non seulement le bouillonnement, à des noeuds dans le bois, des forces qui l'animent, qui le tourmentent; mais que ce rameau-ci a cette longueur, sur le ciel, auprès de cet autre qui est plus court; et que sur le tronc il y a ce déchirement ici, dans l'écorce, et là cet autre; et que là-haut ces oiseaux se posent, et qu'ici, près de moi, ces fourmis vont et viennent, dans leur silence. Je verrais, disons mieux: non une longueur dans la branche, mais que celle-ci se porte jusqu'en ce point et pas plus loin, dans l'espace. Un point qui vaut ainsi comme un absolu, dans l'abîme duquel le hasard se résorbe comme de l'eau dans le sable.
Je verrais, je ne saurais pas que je vois.
Je n'aurais en moi que le trait, parfois gros d'encre, parfois troué de lumière, de ces peintres, orientaux ou occidentaux, qui ont trempé leur pinceau, leur plume, dans la pluie qui ruisselle sur le rocher, dans le vent qui frappe le ciel. 

Yves Bonnefoy , Propos sur la peinture...

Thierry Metz

  1. Dans la Forêt, l'origine.....


    Comme dans la mémoire des feuilles
    qu'importe le nom qu'on te donne ici
    le nom
    nageoire de ton absence
    feuille parmi les feuilles
    qui ondule qui danse
    dans les courants de l'arbre
    qu'importe cela
    moi:
    je recueille tes mots
    au centre d'un mot
    foyer de ma mort


     Thierry Metz



    Les Diamants de la Nuit de Jan Nennec



     "C'est la forêt. C'est la forêt première et d'avant même la mémoire, la forêt des origines. Dense, impénétrable, une forêt d'arbres si grands qu'on la dirait faite de gaules et de perches, la silva pertica de l'Empire romain. Le Perche, c'est le coeur de la forêt des Gaules selon César, pagus perticus, le pays des hautes futaies."


    Julien Cendres.

samedi 19 janvier 2013

Jacques Réda,



Les Racines ont un ciel....

Le Nouveau Monde de Terrence Mallick

Je montais le chemin quand j’ai vu d’un côté
Les sapins consternés qui descendent après l’office
Et de l’autre les oliviers en conversation grande
Fumant posément au soleil de toutes leurs racines.
Et droit sur les ravins à moitié remplis de bouteilles,
Os, ferraille, plastique, obscénité des morts,
La rose équitable du jour déjà crevait l’épine.
À chaque pas : le centre, et le cercle du temps autour
Bien rond mais moi j’étais autour aussi pour cette pie
Et pour d’autres chemins qu’il aurait fallu prendre, qui plongent
Vers des creux à l’affût, sous la viorne, de la folie.
C’est alors qu’il fait bon marcher avec du tabac dans la poche
Pour plus tard et chouter dans ces os et tôles sur les labours
Tandis que le soleil rame bas pour laisser tout le champ libre à sa lumière.

Jacques Réda, Ame, Récitatif, La Tourne.