dimanche 24 février 2013

Pier Paolo Pasolini


L'Ange reste à jamais invisible !


Mystère

Tous les matins du monde de Corneau
J’ose lever les yeux
sur les cimes sèches des arbres,
vers le Seigneur invisible, mais sa lumière
ne cesse de briller immense.


De toutes les choses que je sais
une seule m’est présente au cœur :
je suis jeune, vivant, abandonné,
corps de désir consumé.


 Je m’arrête un moment sur l’herbe
de la rive, entre les arbres nus,
puis je marche, j’avance sous les nuages

Pier Paolo Pasolini

Hölderlin


Les ailes de la mort !



Ordet de Dreyer



 Les bords du Gange entendirent le triomphe

Du dieu de Joie, quand de l’Indus, en conquérant,

Vint le jeune Bacchus arrachant du sommeil

Les peuples, avec le vin sacré.



Et toi Ange du jour n’éveilles tu pas

Ceux qui dorment encore ? Donne les lois, donne-nous

La  vie et le triomphe, Maître qui seul

As droit de conquête, comme Bacchus ! 

 Hölderlin,  Vocation de poète.

Bernanos


Le monde est-il plein d'Anges ?????


Les Autres de Alejandro Amenábar

 - Travaille, fais de petites choses, a-t-il dit, en attendant, au jour le jour. Applique-toi bien ; Rappelle-toi l'écolier penché sur sa page d'écriture, et qui tire la langue. Voilà comment le curé souhaite nous voir, lorsqu'il nous abandonne à nos propres forces. Les petites choses n'ont l'air de rien, mais elles donnent la paix. C'est comme les fleurs des champs, vois-tu. On les croit sans parfum, et toutes ensembles, elles embaument. La prière des petites choses est innocente. Dans chaque petite chose, il y a un Ange. Est-ce que tu pries les Anges ?

-mon Dieu, oui... bien sûr. »

- On ne prie pas assez les Anges. Ils font un peu peur aux théologiens, rapport à de vieilles hérésies des Eglises d'Orient, une peur nerveuse, quoi ! Le monde est plein d'Anges.

Et la Sainte Vierge, est-ce que tu pries la Sainte Vierge?

-         « Par exemple ! »

-         La pries-tu comme il faut, la pries-tu bien?

Elle est notre mère, c'est entendu. Elle est la mère du genre humain, la nouvelle Eve. Mais elle est aussi sa fille.

L'ancien monde, le douloureux monde, le monde d'avant la grâce l'a bercée longtemps sur son cœur désolé -des siècles et des siècles- dans l'attente obscure, incompréhensible d'une "virgo genitrix"...

Des siècles et des siècles, il a protégé de ses vieilles mains chargées de crimes, ses lourdes mains, la petite fille merveilleuse dont il ne savait même pas le nom.

Une petite fille, cette reine des anges! Et elle l'est restée, ne l'oublie pas!...

Bernanos, Le journal d'un curé de campagne

Pirotte



Ange noir ou Ange radieux......

Messe noire

Ange noir Ange radieux
 montre-nous les cieux
 je suis la sainte aux yeux bleus
 mais tu n’es pas dieu


Le Narcisse noir de Powell

je suis la petite soeur
des pauvres buveurs
je manoeuvre l’ascenseur
 sans haine et sans peur

tu iras au paradis
si je veux jeudi
tu jeûneras vendredi
 si je te le dis

mais dimanche tu
verras les enfers
dans la cave du
cabaret d’Hilaire

Jean-Claude Pirotte

Reverdy Cercle 13


                                         Cercle 13 

   A bout de souffle, l'Ange noir abandonne son ombre.....




Le septième sceau de Bergmann



  Un Homme fini


 Le soir, il promène, à travers la pluie et le danger nocturne, son ombre informe et tout ce qui l’a fait amer.
   À la première rencontre, il tremble — où se réfugier contre le désespoir ?
   Une foule rôde dans le vent qui torture les branches, et le Maître du ciel le suit d’un œil terrible.
   Une enseigne grince — la peur. Une porte bouge et le volet d’en haut claque contre le mur ; il court et les ailes qui emportaient l’ange noir l’abandonnent.

                   The Barber des Frères Cohen


 Et puis, dans les couloirs sans fin, dans les champs désolés de la nuit, dans les limites sombres où se heurte l’esprit, les voix imprévues traversent les cloisons, les idées mal bâties chancellent, les cloches de la mort équivoque résonnent.

Reverdy

mercredi 20 février 2013

Antonin Artaud


L'Ombre est déjà en nous...



Invocation à la Momie

Ces narines d’os et de peau
 par où commencent les ténèbres
 de l’absolu, et la peinture de ces lèvres
 que tu fermes comme un rideau

Et cet or que te glisse en rêve
 la vie qui te dépouille d’os,
 et les fleurs de ce regard faux
 par où tu rejoins la lumière

Rashomon de Kurosawa.

Momie, et ces mains de fuseaux
 pour te retourner les entrailles,
 ces mains où l’ombre épouvantable
 prend la figure d’un oiseau

Tout cela dont s’orne la mort
 comme d’un rite aléatoire,
 ce papotage d’ombres, et l’or
 où nagent tes entrailles noires

C’est par là que je te rejoins,
 par la route calcinée des veines,
 et ton or est comme ma peine
 le pire et le plus sûr témoin.

Antonin Artaud

mardi 19 février 2013

Dostoïevski

Le rêveur reste dans l'Ombre!



Le Baiser du tueur de Kubrick

Un rêveur n’est pas un homme, c’est un être neutre ; il vit dans une ombre perpétuelle comme s’il se cachait même du jour ; il s’incruste dans son trou comme un escargot, ou plutôt il ressemble davantage encore à la tortue, qu’en pensez-vous ? Pourquoi aime-t-il tant ses quatre murs, qui de toute rigueur doivent être peints en vert, enfumés et tristes ? Pourquoi cet homme ridicule, si quelqu’un de ses rares amis vient le voir (et il finit par n’en plus avoir du tout), le reçoit-il avec tant d’embarras ? tant de jeux de physionomie ? Comme s’il venait de faire un crime ? comme s’il fabriquait de la fausse monnaie ou des vers qu’il va envoyer à un journal avec une lettre anonyme attestant que le poète est mort et qu’un de ses amis considère comme un devoir sacré de publier ses œuvres ? Pourquoi, dites-le-moi, Nastenka ! les divers interlocuteurs qui se sont rassemblés chez notre rêveur ne parviennent-ils pas à engager la conversation ? Pourquoi ni rires ni plaisanteries ? Ailleurs pourtant et dans d’autres occasions, il ne dédaigne ni le rire, ni la plaisanterie, à propos du beau sexe, ou sur n’importe quel autre thème aussi gai. Pourquoi enfin l’ami, dès cette première visite, – d’ailleurs il n’y en aura pas deux, – cet ami, une connaissance récente, s’embarrasse-t-il, se guinde-t-il tant après ses premières saillies (s’il en trouve) en regardant le visage défait du maître du logis, qui finit lui-même par perdre tout à fait la carte après des efforts énormes mais vains pour animer la conversation, montrer du savoir-vivre, parler du beau sexe aussi, et, par toutes ces concessions, plaire au pauvre garçon qui lui fait visite par erreur ? Pourquoi enfin le visiteur se lève-t-il tout à coup, se rappelant une affaire urgente, et prend-il son chapeau après un salut désagréable, et retire-t-il avec tant de peine sa main de l’étreinte chaude du maître qui tâche de lui témoigner par cette étreinte silencieuse un repentir inexplicable ? Pourquoi, une fois dehors, l’ami rit-il aux éclats et se jure-t-il de ne jamais remettre les pieds chez cet homme étrange, un bon garçon pourtant, mais dont il ne peut s’empêcher de comparer la physionomie à la mine de ce malheureux petit chat fripé, tourmenté par les enfants, qui tout à l’heure est venu se blottir sous la chaise, – c’était alors celle du visiteur – et dans l’ombre, avec ses deux petites pattes a longuement débarbouillé et lustré son petit museau et, longtemps encore après, regardait avec ressentiment la nature et la vie...

Fiodor Dostoïevski, Le Nuits Blanches