dimanche 13 janvier 2013

De la servitude des hommes.


Elmer Gantry de Richard Brooks


Que le Diable soit révolté pour son propre compte, je ne le nie pas. Mais rien ne prouve qu’il ait formé le dessein de séduire les hommes de la même manière qu’il a séduit les anges. L’expérience démontrerait plutôt qu’il juge moins facile de nous perdre par l’Esprit de Révolte que de nous avilir par l’Esprit de Servitude, et que loin de se proposer de nous élever à la dignité satanique d’anges rebelles, sa haine clairvoyante médite de nous faire descendre à la condition des bêtes.

 Georges Bernanos, Essais et écrits de combat


La vie, aveuglément........

Par ce jour de soleil éclatant, rester tout le jour les yeux clos, c’était chose permise, usitée, salubre, plaisante, saisonnière, comme tenir ses persiennes fermées contre la chaleur. C’était par de tels temps qu’au début de mon second séjour à Balbec j’entendais les violons de l’orchestre entre les coulées bleuâtres de la marée montante.

Les moissons du ciel de Terrence Mallick
 Marcel  Proust, La Prisonnière


Le silence en promesse !



I Wish I Knew  de Jia Zhang-ke

Exercice pour la main gauche


En passant dans l’obscurité
vers un nuage de silence
vers un nouveau silence compact
qui brûlera lorsque je ferai silence
différemment
ce sera comme un tatouage
comme ses yeux bleus
soudain enchâssés dans les paumes
de mes mains
indiquant l’heure du silence
le plus beau
auquel nul n’a jamais imposé silence
alors
je n’aurai plus peur
d’être moi et de parler de moi
car je serai diluée dans le silence
ce que je dis est promesse


 Alejandra Pizarnik, Journal.


Les corps éphémères....

(Sensation)

Je foule le même sable
Je vois luire la même lune

Rien ne change l’astre ni la dune
Je vieillis seul devant le miroir

Rien n’a changé ni ne changera
Mais en moi une ombre s’intercale

Mon corps anticipe le geste
Qu’aura dû former mon esprit



Atlantic City de Louis Malle

















Et une sensation étrangère
À la fois me révèle et me tue

J’éprouve le souvenir d’une vie
Que je n’ai pas vécue

Est-ce d’avant ma naissance
Ou au-delà de ma mort

Sur le sable que fait briller la lune
S’efface déjà la trace de mes pas




Jean-Pierre Chambon, « Fragments d’un règne », in Le Roi errant [prix Yvan Goll 1996],
Trouvé chez TdF, Blog d'Angèle Paoli.

, Conrad

La vie est une ombre......



Citizen Kane de Welles

 Le sentiment que je pourrais durer à jamais, survivre à la mer, à la terre, à l’humanité ; ce sentiment trompeur qui nous attire fallacieusement vers les joies, les périls, l’amour, les vains efforts – vers la mort ; la conviction triomphante de la force, la chaleur de la vie dans une poignée de poussière, l’ardeur au cœur qui chaque année s’affaiblit, se refroidit, diminue et s’éteint – s’éteint trop tôt, trop tôt – avant la vie même. 

Extrait Au coeur des Ténèbres, Conrad

Lautréamont

La profondeur de la peau.....un mal sans fond ?


« Ma poésie ne consistera qu’à attaquer par tous les moyens, l’homme, cette bête fauve et le Créateur, qui n’aurait jamais dû engendrer une pareille vermine ». 

Lautréamont

 « Quelle chose était la plus facile à reconnaître : la profondeur de l’océan ou la profondeur du cœur humain ». 


Ajouter une légende
Lautréamont, Les Chants de Maldoror

Réda, cercle 7


                                                                              Cercle 7


          Le septième cercle ou  l'analogie circulaire  

                  Corps éthérés et ombres terreuses !






Ces visages qui tout à tour m’auront brûlé,
Que voilaient-ils, de quelle invisible figure
Etaient-ils le symbole ou la caricature,
Ou bien la vérité changeante et vouée à l’oubli ?
Mais quand je les revois, surgis de ces replis
Où la cendre à présent voisine avec la roche,
Ne laissant plus au feu qu’un médiocre aliment,
Je redoute un peu moins l’ombre qui se rapproche
Et le souci du vrai s’endort en moi comme un enfant
Fatigué du voyage.

Jacques Réda, Retour au calme.



Alphaville de Jean-Luc Godard

L’âme semble un couloir où des pas hésitants résonnent,
Mais personne jamais ne vient. Dehors, l’ombre qui tremble
Dans les encoignures de porte et sous les escaliers,
C’est l’âme encore, quand la nuit fige le long des murs
Les flots d’eau pâle et froide où l’on est heureux de descendre.
Et qui donc parlait de salut ou de perte pour l’âme,
Alors qu’elle est blottie en son frisson et cependant
Toujours plus dénudée au vent qui souffle en ce couloir ?
Qu’elle se cache ou rôde, écoute : elle s’égare, étant
L’habitante et le lieu d’une solitude sans nom.

Jacques Réda, Amen